Le Ski
A 3 mois, je ne vois pas plus loin que 50 centimètres.
Je commence donc la psychomotricité très tôt afin de comprendre que si je me déplace, je peux découvrir 50 nouveaux centimètres, un peu plus du monde qui m’entoure
Dans ma famille on est tous plus ou moins sportifs, je pratique au fil des ans beaucoup de sports différents :
- du ski en famille
- de la gymnastique
- de l’athlétisme
- de l’escalade
- de la danse
- encore de l’athlétisme
- encore de la gymnastique
- je suis en option éducation physique en secondaire
Aucun de ces sports n’est cependant adapté à mon handicap, je me perds donc souvent dans les bois lorsque je m’entraine à l’athlétisme, et je tombe souvent de la poutre en gymnastique.
Un jour je suis tellement frustrée de perdre autant de point à la poutre que je demande à ma maman si elle pense que c’est possible de faire la poutre au sol ou quelque chose comme ça.
Elle appelle donc la Ligue Handisport Francophone et a demandé ce qu’il est possible de faire pour moi. On lui répond que la gym adaptée pour les malvoyants n’existe pas encore, mais qu’il y a de la natation, de l’athlétisme ou encore du ski.
Nous sommes le 28 septembre 2014 lorsque ma maman, mes 2 grandes soeurs et moi nous rendons à Landgraaf aux Pays-Bas, pour une journée de détection ski avec la Ligue Handisport Francophone.
Mes 2 soeurs et moi commençons donc à skier. On me demande de suivre Noémie puis Chloé, et, comme j’ai plus l’habitude de suivre Chloé, elle devient mon binôme.
On nous demande si nous voulons faire un stage à Tignes à la Toussaint, ce à quoi nous avons évidement dit oui !
Là, nous apprenons à skier vraiment ensemble, Chloé porte un gilet jaune fluo, pour que je la vois bien. Et nous avons toutes les 2 dans nos casque un micro et des écouteurs afin que nous puissions communiquer :
- Chloé me dit « hop » chaque fois que je dois tourner
- Elle doit aussi me prévenir lorsque la pente change
- Avec le micro je peux lui demander d’accélérer ou de ralentir
- C’est aussi un moyen de la prévenir si je tombe
- Elle doit m’annoncer les gros changements de luminosité
- Et évidemment me prévenir du danger
Oui, ma grande soeur est une machine de guerre.
Ensuite les choses vont très vite :
- 1ère compétition en novembre 2014 à Landgraaf : 3e place
- Beaucoup de compétitions en Europe : pas mal de podiums
- Championnat du monde au Canada en mars 2015 : disqualifiées
- La saison 2015 – 2016 est plutôt agitée :
- Compétitions dans toute l’Europe, pas mal de podiums, et nous remportons la coupe d’Europe
- Nous remportons la coupe du monde de descente
- Championnat du monde 2017 en janvier à Tarvisio en Italie : nous sommes 3es en descente et 2es en super G
- En mars 2017 nous partons en Corée pour participer à l’évènement test des jeux paralympique qui auront lieu l’année suivante : nous sommes 3es en descente
- 10 mars 2018 : médaille de bronze aux jeux paralympiques de PyeongChang en Corée du Sud, 1ère médaille féminine aux jeux paralympiques d’hiver pour la Belgique.
Dit ainsi, cela peut sembler assez facile, il faut savoir que pour en arriver là, nous travaillons très dur :
- Prise en charge par un diététicien
- Collaboration avec un coach mental
- Préparation physique
- Cours de proprioception
- Contrôles anti-dopage aléatoires
- Plus vraiment de vie sociale
- Loin de chez nous plus de 120 jours par an
- Chaque été sur le glacier, ou en préparation physique : la plage on peut oublier
- Beaucoup, beaucoup d’énergie et d’argent dépensés
Mais tous ces sacrifices en valent la peine! 🥉
Chloé n’a pas prévu de me guider plus de 4 ans, nous étions aux études et elle doit construire sa vie. Elle est aujourd’hui institutrice en 1e primaire.
Je sais donc qu’après les jeux je dois prendre une décision, continuer avec une autre guide ou arrêter la compétition de ski.
- Continuer signifie mettre ma vie entre parenthèses 4 années de plus, ne pas pouvoir commencer des études, ne pas me lancer dans la vie…
- Arrêter signifie la certitude de ne plus progresser en compétition…
Je prends finalement la décision qui en déçoit plus d’un, j’arrête.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là, entre 2014 et 2018 nous avons beaucoup fait parler de nous, de notre belle histoire.
- J’ai participé à une course de voile « Fastnet Race » avec Cap48
- Nous avons raconté nos aventures lors d’un TedX
- Nous avons reçu un appel téléphonique du Roi de Belgique le jour où nous avons fait la médaille
- Les médias nous ont suivi tout au long de l’aventure
Toutes ces choses nous ont offert une « petite notoriété » :
- Nous avons été reçues par le Roi
- Nous avons été invités à divers évènements
- Je suis devenue, le temps d’une saison, chroniqueuse pour une émission de sport
- On me contacte pour faire de la sensibilisation dans les école ordinaires
- On me contacte pour encourager les personnes en situation de handicap
- Il y a même un film sur nous !